20/06/2013

Réflexions sur l'épître de Jacques


 

Réflexions

Une lette incisive

Nous pouvons être frappés par la fin abrupte de cette épître qui a conduit le lecteur à l’examen de sa propre foi, à l’observation de ses priorités dans la vie, de sa relation à Dieu, de sa relation à autrui, aux croyants qui l’entourent, à ceux qui sont en danger de s’écarter, et enfin aux hommes qui sont sur un chemin d’égarement…
 
Jacques a ici des accents prophétiques. Nous voyons combien un prophète comme Osée lui est familier, tant il s’exprime avec cette même force, avec violence même en quelques passages, mettant en garde les croyants afin qu’ils ne soient pas seulement adhérents à un courant de doctrine.

Une préoccupation majeure

La quête majeure de Jacques est de voir les croyants maîtriser leur propre vie, assumer une vie d’hommes et de femmes adultes dans leur adhésion au Christ, « accomplis » comme il est écrit ailleurs (2 Tim.3:17, 1 Pierre 5:10, Jacq.1:4). Et ainsi il leur adresse des paroles fortes leur enjoignant à s’assumer, se maîtriser, avoir une attitude responsable sans laisser-aller (1:6b,13,19, 3:13…), sans jugements hâtifs (2:1), et fuyant les vanités pour s’attacher à ce qui est la vraie vie (1:9-12, 4:1-17).
 
La foi, nous dit Jacques, est l’attachement à un tronc produisant la sève qui se manifeste dans les fruits, tel est le message essentiel, bien dans la ligne de l’enseignement du Seigneur lui-même : « Vous êtes le sel de la terre ; mais si le sel a perdu sa saveur, avec quoi sera-t-il salé ? Il n'est plus bon à rien qu'à être jeté dehors et à être foulé aux pieds par les hommes. Vous êtes la lumière du monde : une ville située sur une montagne ne peut être cachée ». (Matt.5:13-14). Et ainsi le lecteur est placé devant ses propres responsabilités, et qu’il ne dise pas que ses difficultés viennent de Dieu ! (Jacq.1:13). La grâce qui est faite au croyant est de pouvoir marcher dans la foi, avec sagesse et patience… assumant sa propre vie devant Dieu.

Une seule foi, avant comme après la Croix

Cette épître place sous notre regard une réalité intangible : la tradition de la foi est une, en quelque période qu’on la considère. La foi d’Abraham nous est donnée en exemple tandis que les prophètes l’ont illustrée au cours des siècles par leur vie et leur enseignement, tandis que le Livre des Psaumes en exprime la substance. Regardant aux rites particuliers du Temple décrits au Livre du Lévitique, nous y trouvons un rôle majeur, mais temporaire, car ils soulignent les faces diverses de la foi, cette foi au Dieu UN, le Dieu créateur et aussi juge suprême des actions des hommes. Le point central de la révélation que Dieu fit de lui-même, dès ces temps reculés, a été la rencontre de sa miséricorde et de la justice (Exode 34:6-7, Psaume 85:10). Les prophètes n’ont cessé d’évoquer le pardon de Dieu (Ésaïe 1:18, Michée 7:19). L’auteur du Livre de Job, pour citer un exemple, exprime la foi en la rédemption (Job 19:25, et les Psaumes soulignent de façon répétée la grâce de Dieu, seul fondement de la réconciliation de l’homme avec Dieu, seul chemin pour être mis à l’abri du jugement (Psaume 32:1-2). Cette grâce évoquée dès les premières pages de la Bible a été pleinement révélée au temps voulu de Dieu (Hébreux 1 et Jean, l’évangéliste, déclare avec force que l’attente des croyants se trouve dans la personne de Jésus, le Messie annoncé, disant : « La loi a été donnée par Moïse ; la grâce et la vérité vinrent par Jésus Christ » (Jean 1:17).
 
Les croyants d’avant le Messie l’attendaient avec patience, l’image nous en est donnée en Nathanaël à l’abri de son figuier (Jean 1:49, Luc 21:29-30). Lorsque le Messie parut (Hébr.7:14), lumière au milieu des ténèbres (Ésaïe 9:2, Matt.4:16), la foi fit bien évidemment référence au Messie connu, et non plus attendu. Et dans la continuité de la foi, les chrétiens d’entre les Juifs poursuivirent leur pratique, la fréquentation du Temple, se retrouvant aussi dans leurs synagogues, tout en ayant des rencontres, des agapes (Jude 12), réunissant chrétiens juifs et non-juifs d’une localité. Et rapidement, sans loi exprimée, un jour a été mis à part pour la « fraction du pain » (Actes 2:42, 20:7, 1 Cor.11:26), le jour de la résurrection du Seigneur.
 
La Croix marque donc un tournant majeur dans l’histoire de la foi, mais n’altère pas son caractère, à savoir la conviction d’une dette envers le Créateur, et la confiance en la ressource de la grâce. Ainsi, lorsque Paul doit combattre les influences judaïques parmi les chrétiens de Galatie, il ne combat pas la foi de ses pères, mais la déviation opérée dans la pratique religieuse d’une fraction importante de son peuple, une grave déviation qui plaçait au sommet de la piété l’application de lois et de préceptes, alors que tout l’enseignement des prophètes était tourné vers la confiance en Dieu, la conviction de sa miséricorde (Ésaïe 30:15). Paul le déclare sans ambages : il y a une seule foi, comme il y a un seul Dieu (Éph.4:5-6). Si d’aucuns ont pensé trouver une opposition entre l’épître de Jacques et les écrits de Paul touchant l’impossibilité du salut par des œuvres, il faut se garder de cette analyse, car il n’y a d’opposition, redisons-le, qu’entre l’idée qu’un homme puisse être réconcilié avec Dieu par ses propres mérites, et le fait que Dieu seul peut déclarer juste un homme (Marc 10:27, Psaumes 32:1, 49:7-8). Et Dieu « déclare juste » tout homme qui adhère à sa parole de grâce, aujourd’hui, comme il en était aux temps d’avant la Croix (Rom.3:28, Psaume 32:1, Ésaïe 33:24). Ce qui était un mystère reçu par les croyants d’avant la croix, est pleinement révélé à Gogotha ; la Croix a déployé la justice de Dieu et rendu visible le fondement de sa miséricorde, selon cette parole annoncée cinq siècles plus tôt : « Il a été blessé pour nos transgressions, il a été meurtri pour nos iniquités ; le châtiment de notre paix a été sur lui, et par ses meurtrissures nous sommes guéris » (Ésaïe 53:5).
 
Ainsi l’épître de Jacques trouve parmi les écrits néo-testamentaires une place essentielle, car elle constitue un témoignage majeur à l’unicité de la foi en quelque époque qu’elle se soit vécue. Et Jacques déploie de façon succincte et forte le véritable caractère de la foi qui est adhésion au plan de Dieu dans l’obéissance à sa parole, et donc dans la praxis, la vie pratique du croyant.

 

Cette lecture est extraite du site : "Que dit l"Evangile ?" Des pages de la Loi, des Psaumes et des Prophètes. Des lectures de l'ensemble du Nouveau Testament.
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