19/06/2013

Epître de Jude


 

L'épître de Jude
Au seul Dieu, notre Sauveur, par notre seigneur Jésus Christ,
gloire, majesté, force et pouvoir, dès avant tout siècle,
et maintenant, et pour tous les siècles ! Amen
Jude 25

 
Jude, le frère de Jacques, est très vraisemblablement un des frères de Jacques, le frère du Seigneur (Gal.1:19, Matt.13:55 et Marc 6:3) qui avait une charge importante dans l’Assemblée à Jérusalem (note 1). Jude est donc frère du Seigneur, selon la chair, mais cette réalité est omise par l’auteur de la lettre, comme l’omit également Jacques dans l’adresse de son épître. Que pouvait en effet représenter cette relation pour Jacques ou pour Jude, alors que Jésus est dans les cieux, attendant de rassembler autour de Lui tous les rachetés ? (Jean 14:1-3, 1 Jean 3:1, 1 Thes.4.15-18, Eph.5.27). Pour Jude, la mention de son frère permet au lecteur de savoir qui a écrit ces mots, et souligne ainsi la modestie de celui qui l’écrit, conscient de n’avoir pas la notoriété de son frère, et heureux de se dire « esclave » ou plutôt « serviteur » de Jésus
 
Lorsqu’il écrit, les temps ne sont déjà plus ceux du commencement, le temps de la première fraîcheur des affections… Les assemblées chrétiennes ont grandi numériquement, elles deviennent représentatives au sein de la société, et attirent ainsi des personnes aux motivations variées, parfois bien éloignées de l’adhésion au message de l’Évangile. Le temps est difficile, assurément, et on ne peut manquer d’être saisi par la correspondance forte entre l’épître de Jude et la seconde de Pierre, ainsi que dans une moindre mesure la seconde à Timothée. Ces épîtres ont été écrites à la même période, et nous ne sommes donc pas étonnés d’y lire les mêmes exhortations…
 
L’élan initial et le premier amour sont attiédis, et déjà de mauvais ouvriers sont à l’œuvre, comme Paul l’annonçait aux anciens d’Ephèse, à Milet (Actes 20:29-30). Jude évoque que déjà se faisait jour ce qui caractérise les derniers temps dont parle également Paul (Jude 18, 1 Tim.4:1). Il se fait que le « temps de la fin » de l’Eglise, dans son caractère, a commencé lorsque les apôtres, et les croyants de la première génération, étaient près de « s’endormir » (1 Cor.15:20). Jean, l’évangéliste, connût ces temps, demeurant témoin du Seigneur plus de vingt années encore, et il écrira vers la fin de sa vie terrestre de vibrants appels à demeurer dans ce qui fut enseigné au commencement. Ainsi, le temps que nous connaissons aujourd’hui était déjà pressenti par les disciples ; nous le voyons dans ces trois lettres : la seconde de Pierre, la seconde de Paul à Timothée ainsi que cette lettre de Jude !
 
Nous pourrions nous étonner du tableau dramatique que fournissent les Lettres aux sept assemblées d’Asie, au Livre de l’Apocalypse (chap.2 et 3), mais ne devons-nous pas constater que de telles circonstances ont eu cours, et ont cours encore aujourd’hui ? Avec les trois lettres évoquées, de Pierre, de Paul et de Jude, tout chrétien était averti. Dès ce temps sont apparus les signes de ce que nous lisons dans les Paraboles du Royaume des Cieux : l’ivraie mêlée au bon grain, le levain dans la pâte, la puissance mondaine de l’arbre grandissant… (Matt.13:24-33). Mais aussi, par ces écrits, le croyant est assuré que rien, ni alors, ni aujourd’hui, ne peut altérer le propos du Seigneur lorsqu’il parlait de sa joie à la vue de la perle qui est d’un si grand prix pour lui et du trésor caché dans le champ (Matt.13:44-46). Et par cela, averti de l’évolution de la chrétienté en ce monde, le croyant est assuré et encouragé à poursuivre, écoutant ces exhortations prononcées dès la fin des temps apostoliques.
1-4  Prologue

 
1-2  Adresse

 
En s’adressant ainsi à des chrétiens, Jude exprime d’emblée ce qui l’anime, ce qui est précieux pour lui. Il s’adresse à eux en des termes d’une grande délicatesse ; il exprime ce qui lui avait fait prendre le stylet, mais poursuit sur la nécessité dans laquelle il s’est trouvé… Et d’emblée il souligne le cadre heureux de la foi, une réalité que les temps qu’il connaît ne peuvent altérer, et donne aussitôt le triple caractère de ceux auxquels il s’adresse : appelés, bien-aimés et gardés

1 Jude, serviteur de Jésus Christ et frère de Jacques, aux appelés, bien-aimés en Dieu le Père, et gardés pour Jésus Christ : 2 Que la miséricorde, et la paix, et l’amour vous soient multipliés !
  • Sous quels caractères les lecteurs auxquels Jude désire s’adresser son-ils désignés ?
  • Qu’entend Jude en parlant des appelés ? S’agirait-il d’appel à croire ou de l’appel ou de l’élection à la gloire qui est la part de ceux qui ont cru ? Lire 1 Thes.2:12.
  • Un appel à croire qui ne serait réservé qu’à quelques uns pourrait-il être le travail de Dieu ? Lire 1 Tim.2:4 et Jean 3:16.
  • Pourquoi Jude s’exprime-t-il en disant « bien-aimés en Dieu » et non pas « bien-aimés de Dieu » (Romains 1:7), expression tout aussi exacte, mais différente ? Voir Jude 3.
  • Gardés par et pour Jésus. Les deux expressions également assurées, mais leurs sens est bien distinct ! Lire Jean 10.4-5 et 1 Pierre 1:5.
« Aux appelés » Nul ne peut nier la difficulté que représente le terme « appelé ». Dans l’Évangile, nous lisons « Il y a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus » (Matt.20:16, 22:14), mais le contexte de l’épître évoque bien plutôt les « élus », au sens que nous trouvons en 1 Pierre 1:2, 2 Jean 1, Rom.8:33… Ceux dont il est dit que Dieu les « appelle à son propre royaume et à sa propre gloire » (1 Thes.2:12) : ceux qui sont mis à part parce qu’ils ont cru au message de la grâce, et sont dès lors appelés à la félicité éternelle (Jean 17:24-26).
 
« Aux bien-aimés en Dieu ! » Remarquons bien cette mention « en Dieu » exprimant le lien que Jude veut entretenir avec ses frères dans la foi. Il y est question de la relation essentielle qui les unit les uns aux autres. Le frère, quelle que soit son attitude, et quelles que fussent les affinités que je puis avoir avec l’un ou l’autre, est avant tout un enfant de Dieu, « un frère, dira Paul, pour lequel Christ est mort » (Rom.14:15, 1 Cor.8:11). Déjà en ces temps, ce rappel devait être fait ! Quelle insistance Jean devra-t-il manifester pour rappeler ce « lien à vivre » lorsqu’il écrira son épître quelque trente années plus tard (1 Jean 2:10, 3:10,14, 4:7), lorsque le premier amour sera émoussé, lorsque la tiédeur aura envahi les assemblées chrétiennes et lorsqu’elles seront devenues pour d’aucuns des lieux de pouvoir ! (Apocalypse 2:4, 3:16 ; 3 Jean 9).
 
Et enfin, « gardés pour Jésus Christ » ! Notons qu’il n’est pas écrit « par Jésus-Christ » – quoique cela fut vrai, le Seigneur étant le Berger – mais « pour Lui ». Souvenons-nous de cette parole en clôture de la prière sacerdotale de Jésus, lorsqu’Il parle au Père, lui disant : « ceux que tu m’as donné » (Jean 17:24). Nous discernons là cette perspective du Seigneur dont le prophète avait dit : « Il verra du fruit du travail de son âme, et sera satisfait » (Ésaïe 53:11), ce que la Nouvelle Alliance explicite : « afin que lui se présentât l'assemblée à lui-même, glorieuse, n'ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable, mais afin qu'elle fût sainte et irréprochable » (Éph.5:27). C’est en vue de cette bénédiction que les croyants sont « gardés par la puissance de Dieu par la foi, pour un salut qui est prêt à être révélé au dernier temps » (1 Pierre 1:5).
 
Vient alors le souhait très général, tel que nous le trouvons dans les lettres des disciples : « Que la miséricorde, et la paix, et l’amour vous soient multipliés ! » Il y a là bien à penser quant à ce qui devrait régir les relations entre les chrétiens, le climat qui devrait présider dans les rassemblements… Parce qu’il ne s’agit pas ici d’une gradation de la miséricorde de Dieu, ou de la paix qu’Il donne ou encore de l’amour dont Il nous aime… Car pour cela il n’y d’autre mesure que l’absolu ! C’est bien plutôt du vécu journalier des chrétiens dans leurs relations mutuelles qu’il s’agit. Que de choses peuvent altérer ce parfum qui devrait sans cesse emplir la maison de Dieu !

 
3-4  Objet de l’épître

 
Jude avait à cœur d’écrire ! Il s’agit d’une démarche personnelle, ainsi qu’il l’écrit simplement. Il trouve sa motivation dans ce fait qu’il aurait aimé partager la joie qu’il éprouve dans le Seigneur… mais le sujet de sa lettre ne sera pas selon sa première impulsion… Il lui faut répondre aux nécessités du temps.

3 Bien-aimés, quand j’usais de toute diligence pour vous écrire de notre commun salut, je me suis trouvé dans la nécessité de vous écrire afin de vous exhorter à combattre pour la foi qui a été une fois enseignée aux saints ; 4 car certains hommes se sont glissés parmi les fidèles, inscrits jadis à l’avance pour ce jugement, des impies, qui changent la grâce de notre Dieu en dissolution, et qui renient notre seul maître et seigneur, Jésus Christ.
  • Pourquoi Jude, le stylet en main, changeât-il de propos quant à la lettre qu’il désirait écrire ?
  • Suivant Jude, l’enseignement chrétien est-il sujet à révision ? Y a-t-il des dogmes à recevoir qui ne seraient pas dans l’enseignement des apôtres ? Lire aussi 1 Jean 2:24.
  • Jusqu’où peuvent aller ceux qui s’introduisent dans les assemblées chrétiennes avec leurs propres pensées ? Lire aussi Actes 20:29-30, Rom.16.17, 1 Cor.3:17-19…
Il est évidemment plus heureux de s’occuper de choses positives, mais hélas, la marche chrétienne ne permet pas d’éviter certains « prends garde » car les dangers sont présents, et ils le furent dès les premières années après la Pentecôte de l’an 29, celle qui suit la résurrection du Seigneur ! (Actes 20:28, Phil.3:2, Col.2:8…). Que discerne Jude, avec tristesse ? Des courants qui s’écartent de la foi du commencement, qui abandonnent l’enseignement des apôtres, enseignement fondé sur la parole de Jésus-Christ…
 
« La foi qui a été une fois enseignée aux saints ! » Voici une affirmation lourde de sens, face aux développements doctrinaux qui se sont fait jour dans la chrétienté… Et, disons-le avec un peu d’ironie, dans notre temps, combien nombreux sont ceux qui devraient s’apitoyer sur les premiers chrétiens, disant : « pauvres chrétiens », si près du commencement, qui ne connaissaient pas les doctrines qui se sont fait jour dans les siècles qui suivirent, les dogmes nouveaux… Mais est-ce selon la lettre et l’esprit de cette lettre de Jude ? Il est dans la nature de l’homme de se dire plus sage, plus intelligent que ceux qui étaient avant lui, et la chrétienté n’en est pas épargnée… Jean l’évangéliste combattra, à son tour, lorsqu’il écrivit : « Pour vous, que ce que vous avez entendu dès le commencement demeure en vous : si ce que vous avez entendu dès le commencement demeure en vous, vous aussi vous demeurerez dans le Fils et dans le Père » (1 Jean 2:24). Combien vite des personnes raisonnèrent-elles sur les Écritures et la doctrine chrétienne pour bâtir des raisonnements qui détournèrent des croyants ! (Gal.1:8 ; 1 Tim.6.20-21 ; 2 Tim.3.14…).
 
Ces « courants » ne sont pas innocents, il y a des intentions, des objectifs, et des hommes pour agir ainsi « comme des loups redoutables » (Actes 20:29, Gal.1:8-9) pour leur propre gloire. Le mal s’insinuait déjà… « Certains hommes se sont glissés parmi les fidèles… ». Pierre le constatait également lorsqu’il donnait une appréciation sévère à ces discours creux, parlant d’insolence et de travail de séduction (2 Pierre 2). C’est une grande difficulté pour les croyants lorsque des hommes s’introduisent pour les égarer ! D’aucuns sont issus de milieux chrétiens, d’autres se sont insinués parmi eux jalousant leur liberté… Ce n’est pas pour rien que le Seigneur chassât les marchands du temple, car il s’agissait bien là du paradigme des personnes qui trouvent un intérêt moral ou matériel à dominer des gens un peu crédules, « mal affermis » comme le déclare Pierre dans sa seconde épître ! (2 Pierre 2:14).

 
5-23  Mise en garde

 
Jude s’adresse aux chrétiens en les caractérisant comme « ceux qui une fois savaient tout ». Mais de mauvais bergers (Ézéchiel 34:10) sont venus les ébranler par des doctrines nouvelles, et aussi par une déviance majeure déjà ancienne, celle du légalisme (Gal.1:8). L’auteur de notre lettre ne peut éviter cette triste réalité, mais il le fait dans un esprit vraiment exemplaire, comme nous l’avons lu dans l’introduction. Les difficultés rencontrées ne sont pas en mesure d’altérer le plan de la grâce, et elles ne doivent pas altérer la confiance du croyant… Ces déviances, et ces mauvais bergers ont toujours existé, car sans cela, où verrions-nous la liberté de l’homme ? Et comment un homme pourrait-il être responsable de lui-même ?
 
Et Jude de rappeler des enseignements anciens…

 
5-7  Enseignements anciens

 
Nous voyons cités comme qui dirait « à la volée » des circonstances de la traversée du désert, la question des anges déchus, les villes de Sodome et Gomorrhe, et même, un peu plus loin, une discussion entre le diable et l’archange Michel…

5 Or je désire vous rappeler, à vous qui une fois saviez tout, que le Seigneur, ayant délivré le peuple du pays d’Égypte, a détruit ensuite ceux qui n’ont pas cru ; 6 et qu’il a réservé dans des liens éternels, sous l’obscurité, pour le jugement du grand jour, les anges qui n’ont pas gardé leur origine, mais qui ont abandonné leur propre demeure ; 7 comme Sodome et Gomorrhe et les villes d’alentour, s’étant abandonnées à la fornication de la même manière que ceux-là, et étant allées après des êtres d’une autre nature, sont là comme exemple, subissant la peine d’un feu éternel.
  • Quelle est la leçon générale que Jude veut exprimer par ces trois évocations ?
  • Quelqu’un pourrait-il paraître sur le chemin de la foi et se trouver écarté de la bénédiction finale ? Hébreux 3:12-19.
Des Israélites sortis d’Égypte n’entrèrent par en Canaan ! (Exode 17:1-7, Psaume 95:9-11). Ceci établit bien la responsabilité des hommes, car si tous furent délivrés de l’esclavage de l’Égypte, certains crurent Dieu, tandis que d’autres suivirent le mouvement sans une réelle confiance en la parole transmise par Moïse. Nous retrouvons cette page d’histoire également dans l’épître aux Hébreux (3:7-11, 4:5).
 
Ensuite viennent les « anges déchus » dont nous trouvons trace en Matthieu 25:41 et 2 Pierre 2:4. Nous entrons dans un domaine difficile sur lequel beaucoup de choses furent dites, mais combien peu étayées, pour ne dire que cela. Retenons que des créatures de Dieu, immatérielles, sont au service du plan divin et des rachetés tandis que d’autres, rebelles, se trouvent autour « du serpent ancien » (Hébr.1:14, Apoc.12:7-18, Genèse 3). Le propos de Jude est bien de souligner que ces êtres aussi étaient auprès de Dieu, et qu’ils ont perdu leur position (note 3).
 
Sodome et Gomorrhe. Un enseignement bien connu touchant la dissolution des mœurs (Lévitique 18:22, Rom.1:26). Ceci donne l’occasion de considérer par contraste l’entretien d’Abraham avec Dieu lors de l’annonce du jugement de Sodome. Les questions-réponses d’Abraham à Dieu (Genèse 18:17-33) soulignent la confiance d’Abraham en la justice et la miséricorde divine, ainsi que l’attention du Seigneur à la foi, au croyant, et en particulier à celui qui, égaré à Sodome, manifestait néanmoins sa foi. Et Lot est mis à part au jour du jugement. Pierre déclarera même la « justice » de Lot (2 Pierre 2:6-8). Dieu ne déclare-t-il pas « juste » quiconque se confie en Lui ? (Psaume 64:10, Rom.3:28, 5:1)
 
Dans ces trois situations, nous voyons des êtres quitter leur propre place, celle qui leur est donnée de Dieu et qui répond ainsi à leur nature, à ce à quoi ils sont appelés : Israélites en chemin avec Dieu, anges auprès de Dieu, et hommes créés pour « fructifier et se multiplier sur la terre » (Genèse 1:28, 9:1), lesquels et s’adonnaient à des liens contre nature.

 
8-10  De faux docteurs

 
Il en est de même de ceux qui, s’insinuant parmi les croyants, introduisent des pensées s’écartant de l’enseignement du commencement…

8 De la même manière cependant, ces rêveurs aussi souillent la chair, méprisent la seigneurie, et injurient les dignités. 9 Mais Michel l’archange, quand, discutant avec le diable, il contestait touchant le corps de Moïse, n’osa pas proférer de jugement injurieux contre lui ; mais il dit : Que le Seigneur te censure ! 10 Mais ceux-ci, ils injurient tout ce qu’ils ne connaissent pas, et se corrompent dans tout ce qu’ils comprennent naturellement comme des bêtes sans raison.
  • Comment Jude, à la suite de ces trois situations qu’il venait d’évoquer (Les Israélites, les anges et les Sodomites), qualifie-t-il ceux qui apportent un enseignement divergeant de celui des apôtres ?
  • Quelle est leur action, que signifie-t-elle en pratique ? L’introduction de pensées divergentes, de nouvelles doctrines, est-elle anecdotique seulement ?
  • Quels résultats engrangent-ils pour eux-mêmes ? (2 Cor.11:3, 1 Tim.6:5, 2 Tim.3:8).
Ces rêveurs ! S’insinuer parmi les fidèles (vers.4) et se laisser aller au gré de ses songes (Deutéronome 13:1-3, Jérémie 23:25-35) n’est pas peu de choses. Jude exprime la gravité de telles actions.
 
Ils souillent la chair. Ceci touche les chrétiens sur la terre. Pierre lance à l’égard de ceux qui souillent les assemblées une diatribe violente qui aide à comprendre le danger que représentent ces mouvements sectaires, et Paul ne mâche pas ses mots en parlant du légalisme (2 Pierre 2, 1 Cor.3:16-17 et Gal.1:6-9).
 
Ils méprisent la seigneurie. : La « souveraineté », celle de Dieu, celle de Christ, chef sur l’assemblée selon Eph.1:22, Col.1:18, 2:10,19… En effet, s’insinuer pour mener les chrétiens hors de la vérité est un mépris de l’autorité de Dieu.
 
Ils injurient les dignités. Injurier ou calomnier les « dignités » ? Pierre évoque cette même réalité en écrivant : « Gens audacieux, adonnés à leur sens, ils ne tremblent pas en injuriant les dignités, tandis que les anges, plus grands en force et en puissance, ne portent pas contre elles de jugement injurieux devant le Seigneur » (2 Pierre 2:11). Jude, quant à lui, parle pareillement, en évoquant une scène particulière où nous voyons l’Archange Michaël face à Satan, sans que nous ne puissions trouver dans la Bible le cadre de la scène évoquée (note 4), un exemple où même Satan, ange déchu, est revêtu d’une dignité qui engendre de la réserve. Après la parenthèse du verset 9 nous comprenons de façon pratique ce que représente « injurier les dignités », lorsque des hommes s’élevant au-dessus de l’enseignement des apôtres supputent des concepts métaphysiques produits par leur propres raisonnements… Cela est tout à l’opposé de la sagesse qui écrivit : « Écoute, je te prie, et je parlerai ; je t'interrogerai, et toi, instruis-moi. » (Job 42:4). Ou encore ces paroles : « Éternel ! mon cœur n'est pas hautain, et mes yeux ne s'élèvent pas ; et je n'ai pas marché en des choses trop grandes et trop merveilleuses pour moi. N'ai-je pas soumis et fait taire mon âme… » (Psaume 131:1-2). Quel homme pourrait s’élever dans les réalités éternelles par ses propres raisonnements ? C’est là injurier, tenir comme peu de chose, la parole de Dieu et ceux qui la transmettent ! C’est agir comme des bêtes sans raison dénuées d’intelligence… (vers.10 et 2 Pierre 2:12).

 
11-16  De mauvais bergers

 
Parler de notre commun salut, souhaitait-il ! Rappeler des paroles remplies de grâce, desquelles émaneraient la paix et le bonheur… Jude en est bien loin lorsqu’il doit qualifier ceux qui détournent les croyants de l’enseignement du commencement. Et il souligne que ceux là ne sont pas les premiers dans un tel chemin, car l’histoire se répète…

11 Malheur à eux, car ils ont marché dans le chemin de Caïn, et se sont abandonnés à l’erreur de Balaam pour une récompense, et ont péri dans la contradiction de Coré. 12 Ceux-ci, ils sont des taches dans vos agapes, faisant des festins avec vous sans crainte, se repaissant eux-mêmes : nuées sans eau, emportées par les vents ; arbres d’automne, sans fruit, deux fois morts, déracinés; 13 vagues impétueuses de la mer, jetant l’écume de leurs infamies ; étoiles errantes, à qui l’obscurité des ténèbres est réservée pour toujours. 14 Or Énoch aussi, le septième depuis Adam, a prophétisé de ceux-ci, en disant : "Voici, le Seigneur est venu au milieu de ses saintes myriades, 15 pour exécuter le jugement contre tous, et pour convaincre tous les impies d’entre eux de toutes leurs œuvres d’impiété qu’ils ont impiement commises et de toutes les paroles dures que les pécheurs impies ont proférées contre lui". 16 Ceux-ci, ils sont des murmurateurs, se plaignant de leur sort, marchant selon leurs propres convoitises tandis que leur bouche prononce d’orgueilleux discours, et admirant les hommes en vue de leur propre profit.
  • Que sont les mauvais chemins pris par ces hommes, et qu’est-ce qui les caractérisent ? 1 Jean 3:12 (Genèse 4:3-10), 2 Pierre 2:15 (Nombres 22 à 24), Nombres 27:3 (Nombres 16).
  • Que représentent-ils au milieu des croyants, et de leurs réunions marquées par l’affection fraternelle ? (vers.12).
  • Le Seigneur est-il aveugle ? Que peuvent attendre ces mauvais ouvriers, selon une prophétie qui évoque bien que l’histoire se répète… ? (Ecclésiaste 1:9).
  • Comment marchent-ils ? Nous voyons ici quatre aspects de leur caractère (vers.16).
Les termes sont sévères : ces hommes se corrompent eux-mêmes, ils se perdent dans leurs raisonnements, ils sont des taches dans les agapes… Et pour fixer les choses, des exemples sont donnés. Le chemin de Caïn, expression violente de la jalousie religieuse… que dire des guerres de religion qui émaillèrent l’histoire de la chrétienté ? Et, au fait, est-ce seulement du passé ? L’erreur de Balaam ! Lisons le passage parallèle de 2 Pierre 2:3…  La convoitise matérielle, s’enrichir en exerçant un rôle religieux… La contradiction de Coré : l’orgueil religieux… Voilà bien les trois grands principes qui régentent le monde, insinués bien rapidement dans les rassemblements chrétiens. Ce n’est pas pour rien que Jean écrira plus tard : « N'aimez pas le monde, ni les choses qui sont dans le monde : si quelqu'un aime le monde, l'amour du Père n'est pas en lui ; parce que tout ce qui est dans le monde, la convoitise de la chair, et la convoitise des yeux, et l'orgueil de la vie, n'est pas du Père, mais est du monde » (1 Jean 2:15-16). Ce n’était pas pour rien que les sages qui écrivirent le Livre de la Genèse ont parlé de « l'arbre bon à manger, et un plaisir pour les yeux, et désirable pour rendre intelligent » (Genèse 3:6).
 
Et qu’apporte cette présence au milieu des croyants ? Nuées sans eau ! Pensons à ce que représente dans ces pays du Moyen Orient la nuée qui paraît… Un espoir après la sécheresse ! Nous pouvons nous remémorer l’histoire d’Élie en ces temps de sécheresse que le prophète et le peuple connurent (1 Rois 17:7, 18:2 et 44). Arbres sans fruits ! Un désastre pour celui qui s’y attache, une désolation éternelle pour celui qui est tel Jean 15:1-6. Et que reste-t-il de leur actions ? Des infamies et cette errance jusqu’aux ténèbres éternelles…
 
La prophétie d’Enoch… (note 5). Sur l’homme, il n’y a pas d’hésitation possible  (Genèse 5:22-24) ! Sur la substance de la prophétie, pas de difficulté, le texte l’exprime clairement… Mais quant à des traces de cette prophétie dans le Premier Testament, il n’y en a pas ! Toutefois ce qui est exprimé conduit bien à cette pensée que le personnage intervient dans ce récit avec les signes d’un prophète, d’un prophète porteur d’un message souvent rappelé (Ésaïe 9:16-21), pour nous dire qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil.
 
Ce sur quoi il faut nous arrêter avec attention, c’est le caractère de ces hommes dont parle Jude, des gens prononçant d’orgueilleux discours, attirant les hommes pour leur propre profit. Il y en avait dès ce temps. Souvenons-nous des avertissements dans les épîtres aux Corinthiens et aux Galates, notamment… Et nous pouvons dire avec le sage : « Ce qui a été, c'est ce qui sera ; et ce qui a été fait, c'est ce qui se fera ; et il n'y a rien de nouveau sous le soleil » (Ecclésiaste 1:9).

 
17-23  Exhortations

 
Quelle attitude prendre face à ces réalités ? C’est ce que Jude entreprend d’exposer en quelques mots. Déjà les Évangiles évoquaient cette situation qui a pris corps dès que les assemblées chrétiennes se constituaient, se poursuit aujourd’hui à grande échelle et ne trouvera sa fin qu’au retour de Jésus Christ. Souvenons-nous de la parabole de l’ivraie et du bon grain (Matt.13:24-30).
 
La marche à suivre ? Est-ce de se battre pour réformer, prendre les armes, ou, pour être de notre temps, entrer dans de grands débats, ou fonder des sectes de « renouveau » ? Gardons-nous de juger quiconque – « Qui es-tu, toi qui juges le domestique d'autrui ? » (Rom.14:4) – mais examinons ce que dit Jude, ce serviteur de Dieu.

17 Mais vous, bien-aimés, souvenez-vous des paroles qui ont été dites auparavant par les apôtres de notre seigneur Jésus Christ, comment ils vous disaient que, 18 à la fin du temps, il y aurait des moqueurs, marchant selon leurs propres convoitises d’impiétés ; 19 Ceux-ci sont ceux qui se séparent eux-mêmes, des hommes naturels, n’ayant pas l’Esprit.
 
20 Mais vous, bien-aimés, vous édifiant vous-mêmes sur votre très sainte foi, priant par le Saint Esprit, 21 conservez-vous dans l’amour de Dieu, attendant la miséricorde de notre seigneur Jésus Christ pour la vie éternelle; 22 et les uns qui contestent, reprenez-les ; 23 les autres sauvez-les avec crainte, les arrachant hors du feu, haïssant même le vêtement souillé par la chair.
  • L’intrusion de personnes qui introduisent des doctrines déviantes au sein de la chrétienté peut-elle bouleverser de croyants ? Pourquoi ?
  • Sommes-nous invités en engager quelque combat, quelque croisade à l’encontre de tels mouvements ? Relisons la parabole de l’ivraie et du bon grain (Matt.13:24-30).
  • Quelle attitude avoir, alors ? Et quel comportement à l’égard de ceux qui se sont écartés de l’enseignement du commencement ? Vis-à-vis des promoteurs de ces mouvements, et vis-à-vis de ceux qui se laissent entraîner ?
Des moqueurs ! Ces personnes s’introduisent parmi les chrétiens pour leur dire ce qu’ils devraient croire, considérent de haut les apôtres du Seigneur et la simplicité de leur message, corrompent l’enseignement, imposent de nouveaux dogmes… Les chrétiens étaient avertis par l’histoire, comme nous le lisons dans notre épître par ces rappels d’un autre temps, et par l’enseignement direct du Seigneur, la parabole de l’ivraie (Matt.13:24-30), et des apôtres (2 Pierre 3:3). Et, certes, chacun peut reconnaître l’arbre à ses fruits (Luc 6:43-44). Il faut admettre que ces faux docteurs se sont multipliés au travers des âges et aujourd’hui encore…
 
Ne pas être étonné ni bouleversé, car ces choses étaient annoncées !
 
« Se conserver dans l’amour de Dieu ! » Il n’y pas de fatalité ! Il y a lieu de tenir ferme, car nul n’est à l’abri des séductions. La foi n’est pas un talisman, mais un engagement de tout l’être dans lequel il faut persévérer (Actes 2:42), tenir ferme (Eph.6:11,13), afin que « personne ne vous frustre du prix du combat » (Col.2:18). Pierre donne un conseil majeur à cet égard : « C'est pourquoi, frères, étudiez-vous d'autant plus à affermir votre appel et votre élection, car en faisant ces choses vous ne faillirez jamais,  car ainsi l'entrée dans le royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ vous sera richement donnée »  (2 Pierre 1:10-11), ce qu’en d’autres mots Jean souligne également (1 Jean 2:28).

 
24-25  Louange à Dieu

 
Ceci dit, ce n’est pas dans un esprit de faiblesse que Jude s’exprime. S’il a évoqué le chemin à suivre, en peu de mots certes, mais pénétrants et convaincants, il n’est pas défaitiste ! Il connaît les réalités de ce monde, et ce qui se passe au sein même de la chrétienté naissante, mais rien ne le bouleverse, car il sait que le chrétien n’est pas seul. Celui qui veut tenir ferme trouvera les ressources appropriées, et plus que cela, un protecteur… Et ce Protecteur est puissant et mènera toutes choses à bonne fin pour quiconque se confie en Lui.
 
Pour conclure cette brève lettre, il adresse une parole de louange à Dieu. Car en Lui est sa confiance !

24 Or, à celui qui a le pouvoir de vous garder sans que vous bronchiez et de vous placer irréprochables devant sa gloire avec abondance de joie, 25 au seul Dieu, notre Sauveur, par notre seigneur Jésus Christ, gloire, majesté, force et pouvoir, dès avant tout siècle, et maintenant, et pour tous les siècles ! Amen.
  • Pourquoi Jude parle t’il d’être gardé ? Qui pourrait s’égarer sans retour ? Vers.19, comparer Rom.14:4.
  • Quelles sont les deux opérations de Dieu pour les rachetés citées ici bas ?
  • Comment seront les rachetés devant le Seigneur dans l’éternité ? Lire aussi Eph.1:4 et 5:27, Col.1:22, 1 Cor.1:8.
  • Quels sont les caractères de l’éternité donnés ici ? Lire aussi 1 Pierre 1:4, 1 Thes.2:12.
Deux manifestations de son pouvoir : nous garder au cours de notre marche, et ensuite nous placer auprès de Lui (Jean 14:1-3). Et s’il a été question de ceux qui se retirent, se séparent, on ne peut masquer cette idée qu’il se trouve des noms qui pourraient être effacés du livre de vie (Apoc.3:5). Mais quant à demeurer sans broncher, nous ne sommes pas réduits à compter sur nos seules forces, car c’est Dieu qui nous garde, sans toutefois nier la responsabilité personnelle  (Phil.1:9-11). Jusqu’à ce que nous foulions un nouveau sol, jusqu’à ce que nous entrions dans notre patrie (1 Pierre 1:4, 1 Thes.2:12), ce que « Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment » (1 Cor.2:9, Hébr.11:16, Jean 14:2)
 
Comment, dès lors, ne pas exalter le Nom du Dieu d’éternité qui a conçu et assumé un plan d’amour tel que celui qui nous est dépeint… Le Seigneur ne disait-il pas : « Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tous, et personne ne peut les ravir de la main de mon Père. » (Jean 10:29).

 

Cette lecture est extraite du site : "Que dit l"Evangile ?" Des pages de la Loi, des Psaumes et des Prophètes. Des lectures de l'ensemble du Nouveau Testament.
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20:42 Publié dans Jacques, Pierre, Jean et Jude, JUDE | Commentaires (0) | Eric

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